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Nouvelles des Amis - Blog Fornax
Fornax publishing: handmade books in letterpress, silk printing... Limited copies. Fornax éditeur: livres à tirage limité en typographie, sérigraphie. Outypopo. Un livre ou livre un... - par cls le 22/06/2026 @ 11:55
![]() L’histoire pourrait commencer comme un constat bibliophilique. Une description. Un livre. — Ah ! Encore un bouquin !… Pfff… Un livre, donc.
C’est un livre relié. Alors commençons par la reliure puisque c’est elle que l’on voit en premier. Elle est un peu fatiguée, sa peau porte quelques traces d’épidermures mais elle se porte encore bien. Ses deux plats ne sont pas détachés, ou même simplement fendillés.
C’est, on le constate aisément, une demi-peau à coins. La peau ? C’est de la basane racinée. Ce n’est pas la peau la plus raffinée ou la plus précieuse pour faire une reliure (c’est une peau de mouton), contrairement au maroquin (qui est une peau de chèvre). Elle est lisse et fragile… mais on s’en contentera pour cette fois.
Le dos est orné de dorure à froid (ce qui est en marron, presque noir) et de dorure à chaud (ce qui est doré). Et le tout est assez bien réalisé. Apparaissent à chaud les noms des deux auteurs : J[ean] Gaument et Camille Cé ; et le titre de l’ouvrage : Les Chandelles éteintes.
On en termine avec la reliure avec sa tranche de tête dorée. Cette dorure n’est pas aussi éclatante qu’elle aurait pu l’être, on voit sous l’or les traces d’un ponçage qui s’est arrêté avant le stade de la perfection. On voit aussi, au passage, les épidermures de la peau, et l’on constate que l’ouvrage protégé par cette reliure est un grand papier (différence de longueur des pages bien visible dans le haut de l’image). On vous épargnera la tranchefile qui est peut-être réalisée à la main (ce serait plutôt une bonne chose), le signet, et les gardes de couleur intérieures issues d’un papier marbré assez moche, assez confus, dans les blanc, gris et noir, qui s’harmonise assez mal avec le marron de la peau et du papier extérieur, lui-même assez moche et confus. Ne parlons pas du tout des gardes blanches réalisées dans un papier plus qu’infâme qui jure avec celui utilisé pour l’ouvrage… L’ennui, avec cette reliure, c’est qu’elle s’ouvre mal. Qu’on se rassure toutefois, on peut ouvrir le livre pour le lire, mais il faut le tenir fermement à deux mains, sinon il se referme tout seul. La reliure, certes, protège le livre des agressions du monde extérieur, ce qui est son but premier et qui ne devrait être que son seul but, mais dans le cas présent elle nuit à la vie du livre dont la fierté est de se confier à son lecteur, ou de sa lectrice (sous nos latitudes, on apprend à lire aux petites filles au même titre qu’aux petits garçons, ce qui n’est pas toujours vrai sous d’autres latitudes), le plus agréablement et le plus confortablement possible. La reliure, là, a une position un peu trop jusqu’au-boutiste. « Moi, reliure, j’ai décidé de protéger mon livre par tous les moyens qui sont à ma disposition. Je crains les doigts sales, ou pleins de chocolat, ou enduits de confiture, les doigts maladroits, les doigts négligents… J’ai pris la décision irrévocable de concentrer toute mon énergie pour obtenir la fermeture la plus rapide, la plus expéditive, la plus énergique de mon livre, afin d’en protéger l’intégrité et la propreté de ses pages. Car c’est mon livre, le livre dont on m’a confié l’existence et nul ne viendra — pas même un vulgaire lecteur, pas même un légitime propriétaire — attenter à la santé de mon livre. Et toc ! J’ai vu trop de ses confrères, brochés ou reliés, finir dépenaillés, débraillés, désarticulés, à deux doigts de la clochardisation, ou de la poubelle d’ousqu’on ne ressort jamais, pour que faiblisse ma détermination, mon sacerdoce… » Laissons-là la reliure et ses propos outranciers, et poursuivons.
La couverture. Elle est de composition classique pour une couverture, et bicolore. Ce qui est classique de la même façon, depuis les débuts de l’imprimerie occidentale. Elle est ornée d’une vignette dont on apprendra plus loin qu’elle est un bois gravé par Daragnès. Bonne provenance. Rien à dire.
La couverture est immédiatement suivie de deux exemplaires du premier état de la gravure de Daragnès. Dans le jargon gravuro-bibliophilique, on parle, là, de « fumé ». Deux fumés du premier état imprimés sur papier de Chine. On appelle ces états des « fumés » parce qu’initialement les premières épreuves d’une gravure en cours d’élaboration, ou tout juste terminée, étaient réalisées en promenant le bois au-dessus d’une lampe à pétrole allumée. Le noir de fumée qui s’en dégageait se déposait sur le bois et on pouvait ainsi le transférer sur un papier bien lisse afin de vérifier la progression du travail.
Deuxième état, sur chine, en double exemplaire, de la gravure de Daragnès. Le premier état nous donnait les dimensions du bois sur lequel Daragnès avait travaillé, ce deuxième état nous montre l’état définitif de la gravure. Les parties inutiles ont été champlevées. Elles auraient été conservées si ce bois avait été utilisé pour réaliser un clichés galvanoplastique, ou plusieurs. On a donc la preuve, ici, que c’est réellement le bois de Daragnès qui a servi à imprimer la couverture du livre. Malgré le nom de la maison d’édition : « L’Édition française illustrée », cette petite gravure de Daragnès, sorte de cul-de-lampe qui vient en lieu et place de la marque d’éditeur de nos premiers typographes occidentaux, est la seule illustration de l’ouvrage. On se serait attendu à quelques hors texte dans le corps d’ouvrage. Il n’en est rien.
La page de titre, enfin, et en face d’elle, celle de la justification de tirage. On apprend de la page de titre que le bois est de Daragnès (mais je vous l’avais déjà dit), et de la page de justification de tirage, que cet exemplaire fait partie des 25 exemplaires sur pur fil Lafuma, et qu’il fait partie des 7 hors-commerce puisqu’il en est le numéro 1. Il est paraphé, mais de qui est le paraphe ? Ce numéro 1 ne peut pas, on s’en doute, être attribué à un quelconque bibliophile du tout-venant. La page de garde qui précède le faux-titre et le titre va tout révéler…
Cette page de garde est dotée d’un envoi manuscrit, signé par les deux auteurs mais de la main du seul Camille Cé ; envoi à leur éditeur Charles Malexis. « Belle provenance… » dirait un bibliopole classique chargé de flatter ce livre pour en tirer le meilleur parti lors d’une éventuelle vente. Mais cet exemplaire n’est pas à vendre. Il a été acheté récemment lors d’une brocante (refrain connu pour ceux qui fréquentent ce blog avec assez d’assiduité), pour la somme pharaonique de 1 euro. Les éditeurs passent et trépassent. Il faut s’y faire, apprenons la modestie. La plus value bibliophilique de nos jours ne paie plus, tout comme le crime pédérastique des Trompettes de la renommée de Brassens. Est-ce un bien, est-ce un mal, peu importe. Seul reste le livre, porteur de son lot de sens, c’est cela qui compte. Un mot pour finir, au sujet des protagonistes de cette petite histoire :
Un livre ou livre un... - par cls le 22/06/2026 @ 11:55
![]() L’histoire pourrait commencer comme un constat bibliophilique. Une description. Un livre. — Ah ! Encore un bouquin !… Pfff… Un livre, donc.
C’est un livre relié. Alors commençons par la reliure puisque c’est elle que l’on voit en premier. Elle est un peu fatiguée, sa peau porte quelques traces d’épidermures mais elle se porte encore bien. Ses deux plats ne sont pas détachés, ou même simplement fendillés.
C’est, on le constate aisément, une demi-peau à coins. La peau ? C’est de la basane racinée. Ce n’est pas la peau la plus raffinée ou la plus précieuse pour faire une reliure (c’est une peau de mouton), contrairement au maroquin (qui est une peau de chèvre). Elle est lisse et fragile… mais on s’en contentera pour cette fois.
Le dos est orné de dorure à froid (ce qui est en marron, presque noir) et de dorure à chaud (ce qui est doré). Et le tout est assez bien réalisé. Apparaissent à chaud les noms des deux auteurs : J[ean] Gaument et Camille Cé ; et le titre de l’ouvrage : Les Chandelles éteintes.
On en termine avec la reliure avec sa tranche de tête dorée. Cette dorure n’est pas aussi éclatante qu’elle aurait pu l’être, on voit sous l’or les traces d’un ponçage qui s’est arrêté avant le stade de la perfection. On voit aussi, au passage, les épidermures de la peau, et l’on constate que l’ouvrage protégé par cette reliure est un grand papier (différence de longueur des pages bien visible dans le haut de l’image). On vous épargnera la tranchefile qui est peut-être réalisée à la main (ce serait plutôt une bonne chose), le signet, et les gardes de couleur intérieures issues d’un papier marbré assez moche, assez confus, dans les blanc, gris et noir, qui s’harmonise assez mal avec le marron de la peau et du papier extérieur, lui-même assez moche et confus. Ne parlons pas du tout des gardes blanches réalisées dans un papier plus qu’infâme qui jure avec celui utilisé pour l’ouvrage… L’ennui, avec cette reliure, c’est qu’elle s’ouvre mal. Qu’on se rassure toutefois, on peut ouvrir le livre pour le lire, mais il faut le tenir fermement à deux mains, sinon il se referme tout seul. La reliure, certes, protège le livre des agressions du monde extérieur, ce qui est son but premier et qui ne devrait être que son seul but, mais dans le cas présent elle nuit à la vie du livre dont la fierté est de se confier à son lecteur, ou de sa lectrice (sous nos latitudes, on apprend à lire aux petites filles au même titre qu’aux petits garçons, ce qui n’est pas toujours vrai sous d’autres latitudes), le plus agréablement et le plus confortablement possible. La reliure, là, a une position un peu trop jusqu’au-boutiste. « Moi, reliure, j’ai décidé de protéger mon livre par tous les moyens qui sont à ma disposition. Je crains les doigts sales, ou pleins de chocolat, ou enduits de confiture, les doigts maladroits, les doigts négligents… J’ai pris la décision irrévocable de concentrer toute mon énergie pour obtenir la fermeture la plus rapide, la plus expéditive, la plus énergique de mon livre, afin d’en protéger l’intégrité et la propreté de ses pages. Car c’est mon livre, le livre dont on m’a confié l’existence et nul ne viendra — pas même un vulgaire lecteur, pas même un légitime propriétaire — attenter à la santé de mon livre. Et toc ! J’ai vu trop de ses confrères, brochés ou reliés, finir dépenaillés, débraillés, désarticulés, à deux doigts de la clochardisation, ou de la poubelle d’ousqu’on ne ressort jamais, pour que faiblisse ma détermination, mon sacerdoce… » Laissons-là la reliure et ses propos outranciers, et poursuivons.
La couverture. Elle est de composition classique pour une couverture, et bicolore. Ce qui est classique de la même façon, depuis les débuts de l’imprimerie occidentale. Elle est ornée d’une vignette dont on apprendra plus loin qu’elle est un bois gravé par Daragnès. Bonne provenance. Rien à dire.
La couverture est immédiatement suivie de deux exemplaires du premier état de la gravure de Daragnès. Dans le jargon gravuro-bibliophilique, on parle, là, de « fumé ». Deux fumés du premier état imprimés sur papier de Chine. On appelle ces états des « fumés » parce qu’initialement les premières épreuves d’une gravure en cours d’élaboration, ou tout juste terminée, étaient réalisées en promenant le bois au-dessus d’une lampe à pétrole allumée. Le noir de fumée qui s’en dégageait se déposait sur le bois et on pouvait ainsi le transférer sur un papier bien lisse afin de vérifier la progression du travail.
Deuxième état, sur chine, en double exemplaire, de la gravure de Daragnès. Le premier état nous donnait les dimensions du bois sur lequel Daragnès avait travaillé, ce deuxième état nous montre l’état définitif de la gravure. Les parties inutiles ont été champlevées. Elles auraient été conservées si ce bois avait été utilisé pour réaliser un clichés galvanoplastique, ou plusieurs. On a donc la preuve, ici, que c’est réellement le bois de Daragnès qui a servi à imprimer la couverture du livre. Malgré le nom de la maison d’édition : « L’Édition française illustrée », cette petite gravure de Daragnès, sorte de cul-de-lampe qui vient en lieu et place de la marque d’éditeur de nos premiers typographes occidentaux, est la seule illustration de l’ouvrage. On se serait attendu à quelques hors texte dans le corps d’ouvrage. Il n’en est rien.
La page de titre, enfin, et en face d’elle, celle de la justification de tirage. On apprend de la page de titre que le bois est de Daragnès (mais je vous l’avais déjà dit), et de la page de justification de tirage, que cet exemplaire fait partie des 25 exemplaires sur pur fil Lafuma, et qu’il fait partie des 7 hors-commerce puisqu’il en est le numéro 1. Il est paraphé, mais de qui est le paraphe ? Ce numéro 1 ne peut pas, on s’en doute, être attribué à un quelconque bibliophile du tout-venant. La page de garde qui précède le faux-titre et le titre va tout révéler…
Cette page de garde est dotée d’un envoi manuscrit, signé par les deux auteurs mais de la main du seul Camille Cé ; envoi à leur éditeur Charles Malexis. « Belle provenance… » dirait un bibliopole classique chargé de flatter ce livre pour en tirer le meilleur parti lors d’une éventuelle vente. Mais cet exemplaire n’est pas à vendre. Il a été acheté récemment lors d’une brocante (refrain connu pour ceux qui fréquentent ce blog avec assez d’assiduité), pour la somme pharaonique de 1 euro. Les éditeurs passent et trépassent. Il faut s’y faire, apprenons la modestie. La plus value bibliophilique de nos jours ne paie plus, tout comme le crime pédérastique des Trompettes de la renommée de Brassens. Est-ce un bien, est-ce un mal, peu importe. Seul reste le livre, porteur de son lot de sens, c’est cela qui compte. Un mot pour finir, au sujet des protagonistes de cette petite histoire :
(22/06/2026 @ 11:55)
Impression ? - par cls le 15/06/2026 @ 15:39
![]() Là, on va commencer bille en tête par une image…
— Oui, bon, c’est une gravure qui représente des danseuses. On va pas en faire un plat… et en plus, moi, j’aime pas trop… Ça manque de couleur. — C’est ton avis, ça te regarde, c’est pas une raison pour en dégoûter les autres… Ah ! c’est toujours comme ça avec les traîne-au-fond-près-du-poêle. Faut qu’ils se la ramènent, qu’ils expriment leur opinion, même s’ils n’en ont pas, ou qu’ils l’ont recopiée sur leur voisin en regardant par dessus son épaule. En plus, il se goure, mon traîne-au-fond… Cette image n’est pas une gravure, même si ça ressemble un peu. C’est un estampage. Rien à voir avec une impression, même s’il y a des points communs entre les deux techniques : le papier, l’encre, la multiplication possible. Allez, j’explique. En premier lieu, il faut graver une planche, ou une pierre plane, ou n’importe quoi de plan, ou à peu près, et de pas mou. On grave comme on le ferait pour une xylographie, ou toute gravure en relief. Les reliefs, c’est l’image (ou le texte) ; les creux, c’est les pas-image (ou pas-texte), donc, au final, c’est le papier qui doit rester vierge. Jusque là, c’est tout pareil entre estampage et gravure pour imprimer. C’est après que ça diffère. Une fois qu’on a la planche et qu’elle est bien gravée (ou mal, ça dépend de l’habileté du gravouilleur), on la pose bien à plat devant soi et, par dessus, on place une feuille de papier précédemment mouillé. Le mouillage du papier le rend un peu mou et élastique, alors on le force à se déformer pour qu’il rentre le plus possible dans les creux de la planche. Une fois ce travail fait, il ne reste plus qu’à encrer les parties de la feuille placées sur les reliefs de la planche. L’encrage peut se faire à l’aide d’une balle comme dans les premiers temps de l’imprimerie, d’un rouleau encreur ou encore — et c’est là la méthode la plus traditionnelle — par une boule compacte d’un chiffon fin que l’on a encrée. Une fois le travail d’encrage terminé, il ne reste plus qu’à détacher la feuille de papier de la planche, et à recommencer éventuellement la suite de ces opérations avec une autre feuille.
On constate, en examinant le verso de la feuille, que le papier est un papier fort et épais qui a accepté sans difficulté de se déformer sur la planche. Les reliefs sont suffisants pour qu’au recto de cette feuille, l’encrage se fasse sans risque de salir les parties de l’estampage qui doivent rester vierges.
Effectivement, l’encrage a été réalisé sans bavure. Il n’a toutefois pas la même netteté que celle qu’on aurait obtenu en utilisant la planche pour imprimer. Tout dépend, dans ce cas de l’épaisseur du papier utilisé, et de sa faculté de bien se déformer pour épouser les reliefs de la planche. Maintenant qu’on a vu, en gros, la technique de l’estampage, on va pouvoir établir les différences entre impression et estampage. 1. L’estampage ne peut se réaliser qu’à la main, alors que l’impression peut aussi utiliser des moyens mécaniques pour laisser une trace sur le papier. Ce dernier point permet de donner une définition générique et générale de l’impression. Il y a impression dès qu’on peut transférer directement ou indirectement de l’encre d’un élément imprimant vers le papier (ou un autre support). Les reliefs d’une planche gravée ou d’un caractère typographique transfèrent directement l’encre sur le papier par légère pression. Les creux d’une planche de taille-douce transfèrent directement l’encre sur le papier à l’aide d’une forte pression. Les parties oléophiles d’une pierre lithographique transfèrent l’encre sur le papier à l’aide d’une légère pression. Les parties oléophiles d’une plaque offset transfèrent indirectement l’encre sur le papier à l’aide d’une légère pression. Les parties non bouchées d’un écran de sérigraphie transfèrent l’encre sur le papier en la forçant à traverser le tissu à l’aide d’une légère pression de la raclette. Le tambour électrisé d’une imprimante laser transfère son encre en poudre (le toner) sur le papier lors de leur contact direct sous l’effet d’un champ électrique (suivi de la cuisson du toner pour qu’il adhère au papier). Les buses d’une imprimante à jet d’encre projettent leur encre (sous forme de fines gouttelettes) sur le papier grâce à un champ électro-magnétique, etc. Pour qu’il y ait impression, il faut donc nécessairement que l’encre parte d’un élément imprimant quelle que soit sa nature, en direction du papier ou d’un autre support. Avec l’estampage, il n’y a aucun transfert d’encre, mais un apport d’encre par un opérateur humain directement sur le papier, ce qui n’en fait pas un procédé d’impression même s’il utilise des encres d’imprimerie. L’estampage, ou frottage, est probablement né en Chine, comme de nombreuses autres techniques. Comme il nécessite l’utilisation de papier, on peut dater son apparition entre le deuxième siècle avant et le tout début du second siècle de notre ère (invention du papier entre -200 et +105). Son invention précède donc celle de l’imprimerie (xylographie, 8e siècle en Chine). On l’utilise scientifiquement pour relever des reliefs sur des sites archéologiques. Max Ernst l’a utilisé pour une grande partie de son œuvre artistique ainsi, probablement, que bien d’autres créateurs. On l’utilise de manière ludique pour relever le dessin de pièces de monnaie, de sculptures en bas relief, ou de plaques d’égout… C’est tout pour aujourd’hui. Vous avez le droit de revenir la semaine prochaine.
Impression ? - par cls le 15/06/2026 @ 15:39
![]() Là, on va commencer bille en tête par une image…
— Oui, bon, c’est une gravure qui représente des danseuses. On va pas en faire un plat… et en plus, moi, j’aime pas trop… Ça manque de couleur. — C’est ton avis, ça te regarde, c’est pas une raison pour en dégoûter les autres… Ah ! c’est toujours comme ça avec les traîne-au-fond-près-du-poêle. Faut qu’ils se la ramènent, qu’ils expriment leur opinion, même s’ils n’en ont pas, ou qu’ils l’ont recopiée sur leur voisin en regardant par dessus son épaule. En plus, il se goure, mon traîne-au-fond… Cette image n’est pas une gravure, même si ça ressemble un peu. C’est un estampage. Rien à voir avec une impression, même s’il y a des points communs entre les deux techniques : le papier, l’encre, la multiplication possible. Allez, j’explique. En premier lieu, il faut graver une planche, ou une pierre plane, ou n’importe quoi de plan, ou à peu près, et de pas mou. On grave comme on le ferait pour une xylographie, ou toute gravure en relief. Les reliefs, c’est l’image (ou le texte) ; les creux, c’est les pas-image (ou pas-texte), donc, au final, c’est le papier qui doit rester vierge. Jusque là, c’est tout pareil entre estampage et gravure pour imprimer. C’est après que ça diffère. Une fois qu’on a la planche et qu’elle est bien gravée (ou mal, ça dépend de l’habileté du gravouilleur), on la pose bien à plat devant soi et, par dessus, on place une feuille de papier précédemment mouillé. Le mouillage du papier le rend un peu mou et élastique, alors on le force à se déformer pour qu’il rentre le plus possible dans les creux de la planche. Une fois ce travail fait, il ne reste plus qu’à encrer les parties de la feuille placées sur les reliefs de la planche. L’encrage peut se faire à l’aide d’une balle comme dans les premiers temps de l’imprimerie, d’un rouleau encreur ou encore — et c’est là la méthode la plus traditionnelle — par une boule compacte d’un chiffon fin que l’on a encrée. Une fois le travail d’encrage terminé, il ne reste plus qu’à détacher la feuille de papier de la planche, et à recommencer éventuellement la suite de ces opérations avec une autre feuille.
On constate, en examinant le verso de la feuille, que le papier est un papier fort et épais qui a accepté sans difficulté de se déformer sur la planche. Les reliefs sont suffisants pour qu’au recto de cette feuille, l’encrage se fasse sans risque de salir les parties de l’estampage qui doivent rester vierges.
Effectivement, l’encrage a été réalisé sans bavure. Il n’a toutefois pas la même netteté que celle qu’on aurait obtenu en utilisant la planche pour imprimer. Tout dépend, dans ce cas de l’épaisseur du papier utilisé, et de sa faculté de bien se déformer pour épouser les reliefs de la planche. Maintenant qu’on a vu, en gros, la technique de l’estampage, on va pouvoir établir les différences entre impression et estampage. 1. L’estampage ne peut se réaliser qu’à la main, alors que l’impression peut aussi utiliser des moyens mécaniques pour laisser une trace sur le papier. Ce dernier point permet de donner une définition générique et générale de l’impression. Il y a impression dès qu’on peut transférer directement ou indirectement de l’encre d’un élément imprimant vers le papier (ou un autre support). Les reliefs d’une planche gravée ou d’un caractère typographique transfèrent directement l’encre sur le papier par légère pression. Les creux d’une planche de taille-douce transfèrent directement l’encre sur le papier à l’aide d’une forte pression. Les parties oléophiles d’une pierre lithographique transfèrent l’encre sur le papier à l’aide d’une légère pression. Les parties oléophiles d’une plaque offset transfèrent indirectement l’encre sur le papier à l’aide d’une légère pression. Les parties non bouchées d’un écran de sérigraphie transfèrent l’encre sur le papier en la forçant à traverser le tissu à l’aide d’une légère pression de la raclette. Le tambour électrisé d’une imprimante laser transfère son encre en poudre (le toner) sur le papier lors de leur contact direct sous l’effet d’un champ électrique (suivi de la cuisson du toner pour qu’il adhère au papier). Les buses d’une imprimante à jet d’encre projettent leur encre (sous forme de fines gouttelettes) sur le papier grâce à un champ électro-magnétique, etc. Pour qu’il y ait impression, il faut donc nécessairement que l’encre parte d’un élément imprimant quelle que soit sa nature, en direction du papier ou d’un autre support. Avec l’estampage, il n’y a aucun transfert d’encre, mais un apport d’encre par un opérateur humain directement sur le papier, ce qui n’en fait pas un procédé d’impression même s’il utilise des encres d’imprimerie. L’estampage, ou frottage, est probablement né en Chine, comme de nombreuses autres techniques. Comme il nécessite l’utilisation de papier, on peut dater son apparition entre le deuxième siècle avant et le tout début du second siècle de notre ère (invention du papier entre -200 et +105). Son invention précède donc celle de l’imprimerie (xylographie, 8e siècle en Chine). On l’utilise scientifiquement pour relever des reliefs sur des sites archéologiques. Max Ernst l’a utilisé pour une grande partie de son œuvre artistique ainsi, probablement, que bien d’autres créateurs. On l’utilise de manière ludique pour relever le dessin de pièces de monnaie, de sculptures en bas relief, ou de plaques d’égout… C’est tout pour aujourd’hui. Vous avez le droit de revenir la semaine prochaine.
(15/06/2026 @ 15:39)
Brevet d'invention - par cls le 08/06/2026 @ 13:24
![]() Si l’on fréquente ce blog depuis un certain temps et qu’on prend la peine de lire les textes qu’il propose, on sait que le signataire de ces lignes (donc : moi) aime bien se balader dans les brocantes « histoire de ne rien trouver ». Manque de chance, ça n’arrive pas trop souvent car, le plus souvent, je trouve. Des petites choses, des bricoles qui n’encombrent pas trop un domicile déjà plein à craquer. Ce fut le cas récemment (pas plus tard qu’hier) et, histoire de faire d’une pierre deux coups, ce fut une première dans l’ordre des trouvailles. Sur le coin d’une table de stand, devant un tout petit meuble à tiroirs — du genre à contenir des vis ou des rondelles, mais là il contenait des fèves — un paquet de paperasses en assez bon état. Par curiosité, je regarde de quoi il retourne : une petite pile de brevets d’invention. Étonnant. En plusieurs décennies de chine dans les brocantes, je n’avais jamais vu cela, des brevets d’invention. Je feuillette, pour voir, d’un œil et d’un index distraits et… bingo ! un brevet sur une machine à imprimer. Les probabilités de trouver des brevets d’invention dans une brocante étaient déjà faibles mais dans la petite pile de brevets (une trentaine au plus), celle de trouver un brevet lié à l’imprimerie était infinitésimale… Je vais voir le propriétaire de l’étal, un vrai brocanteur qui proposait des bibelots anciens et des petites voitures jouets en tôle. Dans ma région, il y a plein d’amateurs pour ce genre de jouets. Des vieux qui, en collectionnant ces bouts de tôle défraîchis, doivent avoir le sentiment de ne pas avoir trop vieilli. Et interdit aux enfant de toucher à ces jouets ; ce sont des jouets pour les vieux, pas pour les enfants. Bref, je vais vers le vendeur et je lui montre mes deux bouts de papier (j’avais aussi trouvé un brevet sur un « Procédé de traitement des vidanges, en vue de leur épuration totale et de la récupération des matières entrant dans la fabrication des engrais organo-minéraux » qui va décorer mes chiottes). Le vendeur jette un vague regard sur mes papelards et, avec un grand sourire et un geste flou de la main, me dit : « Gratuit ! ». En matière de probabilité, on venait d’atteindre là l’infiniment infinitésimal. Je remercie, et je continue ma chine… Vous pensez bien que si je vous raconte tout cela, c’est que je vais vous en causer, de ce brevet de machine à imprimer… Je vous le reproduis plus bas. Il est dû à Augustin-André-Joseph Legrand, résidant en France, dans le Pas-de-Calais. Un Chti de bon aloi, sûrement. Son invention est une presse à imprimer à main. Il a déposé son brevet le 28 juin 1949 et il ne lui a été accordé que le 30 mai 1951. Les experts de l’INPI ont mis le temps. Presque deux ans. C’est long mais il y a peut-être une explication à cela. On est dans le domaine de l’hypothétique mais peut-être a-t-il fallu vérifier si cette presse à imprimer à main pouvait être brevetée, vérifier s’il n’y avait pas eu antériorité de l’invention. Car elle fait un peu penser, cette presse, à une machine inventée dans les années 1920 par The American Multigraph. Les deux machines ont des similarités, mais elles ne sont pas identiques, ont dû décider nos experts, donc l’idée de Legrand était recevable, donc le brevet a été accordé. Je parlerai peut-être (beaucoup de peut-être dans ce paragraphe) de la machine de l’American Multigraph dans un autre billet, sait-on jamais… La presse à imprimer à main de Legrand est une presse typographique rotative. C’est une presse pour amateurs mais elle demande une certaine habileté pour pouvoir l’utiliser. L’utiliser ? A-t-elle seulement été fabriquée ? Après quelques recherches faites pour en trouver trace, il ne semble pas qu’elle l’ait été. Elle est selon toute vraisemblance restée à l’état de projet. Ce qui ne m’empêche pas de tenter de vous en révéler le fonctionnement. Elle utilise des caractères typographiques traditionnels pour fonctionner. Aucun problème à cela : on peut s’en procurer chez tous les fondeurs en activité au début des années 1950, ils sont pléthore. La composition du texte se fait à l’aide de petits composteurs comme ceux de →La Lino ou ceux de →l’imprimerie Freinet. Ces composteurs sont fixés sur une portion de cylindre que l’on peut faire tourner à l’aide d’une manivelle. Dans le mouvement rotatif, les caractères sont d’abord encrés (rouleau du bas) puis pressés sur le papier qui passe entre les caractères et un rouleau presseur (rouleau du haut).
L’utilisation de la machine ainsi résumée, tout semble fonctionner normalement. L’idée est bonne. Sauf que notre ami Legrand a oublié quelque chose. Il faut pouvoir alimenter en encre d’imprimerie le rouleau du bas, sinon, au fur et à mesure des rotations et impressions, l’encre du rouleau va s’épuiser et l’impression va être de plus en plus pâle jusqu’à ne plus être du tout. Autre souci : comment apporte-t-on l’encre sur le rouleau encreur alors qu’il est fixé au bâti de la machine ? À ces quelques points de détail près, qu’il conviendrait de résoudre, on aurait envie de la construire, cette machine, pour notre usage personnel. Elle ne consomme pas d’électricité et les documents produits, imprimés à l’aide d’encres grasses et de caractères typographiques, sont pérennes (la B42 a près de 600 ans). Oui mais bon, il devient difficile de se procurer des caractères typographiques… on ne peut pas tout avoir, hélas !
Brevet d'invention - par cls le 08/06/2026 @ 13:24
![]() Si l’on fréquente ce blog depuis un certain temps et qu’on prend la peine de lire les textes qu’il propose, on sait que le signataire de ces lignes (donc : moi) aime bien se balader dans les brocantes « histoire de ne rien trouver ». Manque de chance, ça n’arrive pas trop souvent car, le plus souvent, je trouve. Des petites choses, des bricoles qui n’encombrent pas trop un domicile déjà plein à craquer. Ce fut le cas récemment (pas plus tard qu’hier) et, histoire de faire d’une pierre deux coups, ce fut une première dans l’ordre des trouvailles. Sur le coin d’une table de stand, devant un tout petit meuble à tiroirs — du genre à contenir des vis ou des rondelles, mais là il contenait des fèves — un paquet de paperasses en assez bon état. Par curiosité, je regarde de quoi il retourne : une petite pile de brevets d’invention. Étonnant. En plusieurs décennies de chine dans les brocantes, je n’avais jamais vu cela, des brevets d’invention. Je feuillette, pour voir, d’un œil et d’un index distraits et… bingo ! un brevet sur une machine à imprimer. Les probabilités de trouver des brevets d’invention dans une brocante étaient déjà faibles mais dans la petite pile de brevets (une trentaine au plus), celle de trouver un brevet lié à l’imprimerie était infinitésimale… Je vais voir le propriétaire de l’étal, un vrai brocanteur qui proposait des bibelots anciens et des petites voitures jouets en tôle. Dans ma région, il y a plein d’amateurs pour ce genre de jouets. Des vieux qui, en collectionnant ces bouts de tôle défraîchis, doivent avoir le sentiment de ne pas avoir trop vieilli. Et interdit aux enfant de toucher à ces jouets ; ce sont des jouets pour les vieux, pas pour les enfants. Bref, je vais vers le vendeur et je lui montre mes deux bouts de papier (j’avais aussi trouvé un brevet sur un « Procédé de traitement des vidanges, en vue de leur épuration totale et de la récupération des matières entrant dans la fabrication des engrais organo-minéraux » qui va décorer mes chiottes). Le vendeur jette un vague regard sur mes papelards et, avec un grand sourire et un geste flou de la main, me dit : « Gratuit ! ». En matière de probabilité, on venait d’atteindre là l’infiniment infinitésimal. Je remercie, et je continue ma chine… Vous pensez bien que si je vous raconte tout cela, c’est que je vais vous en causer, de ce brevet de machine à imprimer… Je vous le reproduis plus bas. Il est dû à Augustin-André-Joseph Legrand, résidant en France, dans le Pas-de-Calais. Un Chti de bon aloi, sûrement. Son invention est une presse à imprimer à main. Il a déposé son brevet le 28 juin 1949 et il ne lui a été accordé que le 30 mai 1951. Les experts de l’INPI ont mis le temps. Presque deux ans. C’est long mais il y a peut-être une explication à cela. On est dans le domaine de l’hypothétique mais peut-être a-t-il fallu vérifier si cette presse à imprimer à main pouvait être brevetée, vérifier s’il n’y avait pas eu antériorité de l’invention. Car elle fait un peu penser, cette presse, à une machine inventée dans les années 1920 par The American Multigraph. Les deux machines ont des similarités, mais elles ne sont pas identiques, ont dû décider nos experts, donc l’idée de Legrand était recevable, donc le brevet a été accordé. Je parlerai peut-être (beaucoup de peut-être dans ce paragraphe) de la machine de l’American Multigraph dans un autre billet, sait-on jamais… La presse à imprimer à main de Legrand est une presse typographique rotative. C’est une presse pour amateurs mais elle demande une certaine habileté pour pouvoir l’utiliser. L’utiliser ? A-t-elle seulement été fabriquée ? Après quelques recherches faites pour en trouver trace, il ne semble pas qu’elle l’ait été. Elle est selon toute vraisemblance restée à l’état de projet. Ce qui ne m’empêche pas de tenter de vous en révéler le fonctionnement. Elle utilise des caractères typographiques traditionnels pour fonctionner. Aucun problème à cela : on peut s’en procurer chez tous les fondeurs en activité au début des années 1950, ils sont pléthore. La composition du texte se fait à l’aide de petits composteurs comme ceux de →La Lino ou ceux de →l’imprimerie Freinet. Ces composteurs sont fixés sur une portion de cylindre que l’on peut faire tourner à l’aide d’une manivelle. Dans le mouvement rotatif, les caractères sont d’abord encrés (rouleau du bas) puis pressés sur le papier qui passe entre les caractères et un rouleau presseur (rouleau du haut).
L’utilisation de la machine ainsi résumée, tout semble fonctionner normalement. L’idée est bonne. Sauf que notre ami Legrand a oublié quelque chose. Il faut pouvoir alimenter en encre d’imprimerie le rouleau du bas, sinon, au fur et à mesure des rotations et impressions, l’encre du rouleau va s’épuiser et l’impression va être de plus en plus pâle jusqu’à ne plus être du tout. Autre souci : comment apporte-t-on l’encre sur le rouleau encreur alors qu’il est fixé au bâti de la machine ? À ces quelques points de détail près, qu’il conviendrait de résoudre, on aurait envie de la construire, cette machine, pour notre usage personnel. Elle ne consomme pas d’électricité et les documents produits, imprimés à l’aide d’encres grasses et de caractères typographiques, sont pérennes (la B42 a près de 600 ans). Oui mais bon, il devient difficile de se procurer des caractères typographiques… on ne peut pas tout avoir, hélas !
(08/06/2026 @ 13:24)
Compte-fils - par cls le 01/06/2026 @ 14:35
![]() Dans un atelier comme celui de Fornax, ou d’un autre du même type — ou pas du même type — disons… un atelier qui sert à fabriquer des livres, petits ou gros, ne se trouvent pas que des machines, petites ou grosses, qui servent à imprimer ou à brocher. Se trouvent également des outils, petits ou gros, qui servent à vérifier le travail en cours de réalisation. Des outils de contrôle pour voir si qu’on a bien fait ou si qu’on s’a gouré grave. Aujourd’hui on va s’intéresser à un outil petit, pas gros, qu’on peut laisser traîner sur un marbre, ou sur une table à proximité d’une machine à imprimer, ou qu’on peut avoir dans sa poche, histoire d’être toujours prêt à s’en servir : le compte-fils. Invariable, le compte-fils. Si on en a plusieurs on a des compte-fils. Avec un trait d’union entre le compte et les fils. Parce que ça sert à compter les fils, un compte-fils. Heu, qu’on ne se méprenne pas : ça ne sert pas à compter les fils des familles nombreuses qui n’ont presque pas de filles, non ! Ça sert à compter les fils de chaîne et de trame d’un tissu. Parfait, mais en quoi a-t-on besoin de compter des fils de trame ou de chaîne quand on fabrique un livre ? On est en droit de se poser copieusement la question. Pour savoir si les chiffons utilisés pour nettoyer les machines à imprimer sont de bon aloi ? Non, bien sûr ! Les compte-fils ont été initialement inventés à l’usage des gens qui fabriquent des tissus et, comme c’étaient des outils malins et pratiques, ils ont été détournés de leur usage premier par les gens qui fabriquent de l’imprimé… Pas bêtes, les gens qui fabriquent de l’imprimé. Comment ça marche, un compte-fils ? Est-ce que ça a besoin de l’électricité ? Est-ce que ça possède une batterie qu’il faut recharger ? Est-ce que c’est compliqué à utiliser ? Non. Un compte-fils est essentiellement une loupe constituée d’une seule lentille montée sur un support qui la place à sa distance focale quand on la pose sur un support à observer. Pas besoin de réglage. Il suffit de bien orienter le compte-fils quand on le pose pour qu’il reçoive de la lumière. On voit tout de suite plus gros quand on regarde à travers, c’est tout. En imprimerie, ça peut servir à plein de choses : à vérifier qu’on n’a pas mis trop d’encre ou pas assez, à vérifier que les différentes couleurs sont bien repérées entre elles, à vérifier la pression d’un élément imprimant sur le papier, à tenter de savoir dans quel procédé d’impression tel ou tel document a été fabriqué… et toutes ces sortes de choses. Est-ce qu’un compte-fils est indispensable pour toute personne qui décide de salir du papier avec de l’encre en utilisant une technique mécanique quelconque pour le faire ? Non. Mais il n’est pas inutile d’en avoir au moins un sous la main pour se rendre compte de plus près de la qualité — ou des défauts — de son travail. Quelques exemples de compte-fils :
P.-S. : Pour en savoir plus →le Compendium.
Compte-fils - par cls le 01/06/2026 @ 14:35
![]() Dans un atelier comme celui de Fornax, ou d’un autre du même type — ou pas du même type — disons… un atelier qui sert à fabriquer des livres, petits ou gros, ne se trouvent pas que des machines, petites ou grosses, qui servent à imprimer ou à brocher. Se trouvent également des outils, petits ou gros, qui servent à vérifier le travail en cours de réalisation. Des outils de contrôle pour voir si qu’on a bien fait ou si qu’on s’a gouré grave. Aujourd’hui on va s’intéresser à un outil petit, pas gros, qu’on peut laisser traîner sur un marbre, ou sur une table à proximité d’une machine à imprimer, ou qu’on peut avoir dans sa poche, histoire d’être toujours prêt à s’en servir : le compte-fils. Invariable, le compte-fils. Si on en a plusieurs on a des compte-fils. Avec un trait d’union entre le compte et les fils. Parce que ça sert à compter les fils, un compte-fils. Heu, qu’on ne se méprenne pas : ça ne sert pas à compter les fils des familles nombreuses qui n’ont presque pas de filles, non ! Ça sert à compter les fils de chaîne et de trame d’un tissu. Parfait, mais en quoi a-t-on besoin de compter des fils de trame ou de chaîne quand on fabrique un livre ? On est en droit de se poser copieusement la question. Pour savoir si les chiffons utilisés pour nettoyer les machines à imprimer sont de bon aloi ? Non, bien sûr ! Les compte-fils ont été initialement inventés à l’usage des gens qui fabriquent des tissus et, comme c’étaient des outils malins et pratiques, ils ont été détournés de leur usage premier par les gens qui fabriquent de l’imprimé… Pas bêtes, les gens qui fabriquent de l’imprimé. Comment ça marche, un compte-fils ? Est-ce que ça a besoin de l’électricité ? Est-ce que ça possède une batterie qu’il faut recharger ? Est-ce que c’est compliqué à utiliser ? Non. Un compte-fils est essentiellement une loupe constituée d’une seule lentille montée sur un support qui la place à sa distance focale quand on la pose sur un support à observer. Pas besoin de réglage. Il suffit de bien orienter le compte-fils quand on le pose pour qu’il reçoive de la lumière. On voit tout de suite plus gros quand on regarde à travers, c’est tout. En imprimerie, ça peut servir à plein de choses : à vérifier qu’on n’a pas mis trop d’encre ou pas assez, à vérifier que les différentes couleurs sont bien repérées entre elles, à vérifier la pression d’un élément imprimant sur le papier, à tenter de savoir dans quel procédé d’impression tel ou tel document a été fabriqué… et toutes ces sortes de choses. Est-ce qu’un compte-fils est indispensable pour toute personne qui décide de salir du papier avec de l’encre en utilisant une technique mécanique quelconque pour le faire ? Non. Mais il n’est pas inutile d’en avoir au moins un sous la main pour se rendre compte de plus près de la qualité — ou des défauts — de son travail. Quelques exemples de compte-fils :
P.-S. : Pour en savoir plus →le Compendium.
(01/06/2026 @ 14:35)
Congruence - par cls le 25/05/2026 @ 19:52
![]() Parfois, pas toujours, car il arrive que des parfois soient plus fréquents que certains autres parfois qui sont beaucoup plus rares ; parfois donc il arrive qu’en tentant l’approche d’un sujet, on s’en éloigne. Si, si, ça arrive ! On croit le cerner mais on s’en éloigne alors qu’on veut l’étudier de près. D’aucuns, chafouins et critiques (je les sens venir avec leurs gros godillots), vont me rétorquer que pour cerner quoi que ce soit — un sujet ou tout autre artéfact — il faut être plusieurs, des plusieurs bien armés de toutes leurs cultures intellectuelles, biologiques ou polluantes afin que, se voyant cerné de toutes parts, le sujet (ou l’artéfact) se rende bon gré mal gré parce qu’il sait qu’il n’a plus aucune échappatoire. Vaincu, il lui arrive même de se déshabiller tout seul sans qu’on lui demande afin qu’on l’étudie in naturalibus. Ce n’est pas faux, le coup du plusieurs, mais si le sujet est minuscule, on peut le circonvenir tout seul avec ses deux bras en rond. C’est ce que je m’apprête à faire car mon sujet n’est pas bien gros… quoique… enfin on verra. Le congre. Est-ce congru de parler du congre ? A-t-on le droit de faire état de la congruence du congre ? Non, bien sûr ! La congruence ne s’applique pas au singulier mais au pluriel. Oublions donc l’individualisme forcené et venons-en aux congres. Déjà, on se sent plus à l’aise. On n’est plus tout seul. On n’est plus isolé. E pluribus unum comme disent les insulaires de l’autre côté de l’Atlantique. On va dans la bonne direction. Laquelle ? Peu importe. C’est forcément la bonne puisque c’est celle qu’on suit. Le premier savant ayant sérieusement étudié les congres n’était pas naturaliste, non madame. Pas plus qu’il n’était anthropologue, non mademoiselle. Et encore moins halieuticien, non monsieur. Il était typographe et graphiste ce qui, avouons-le, a nettement plus de classe, scientifiquement parlant. L’ouvrage majeur de ce grand et modeste érudit s’intitule Le Guide typographique exemplaire.
La modestie de ce grand savant se manifeste de manière évidente puisqu’il ne nous révèle pas son nom. Il va falloir chercher dans un autre ouvrage pour tenter de le découvrir.
Et, nouvelle preuve de sa modestie, s’il en est encore besoin de l’affirmer, ce nom ne se trouve pas encore sur la couverture du second ouvrage cité par le premier. C’est seulement sur la page de titre qu’il est nous est enfin révélé : Raymond Gid.
Raymond Gid était un personnage si tant impressionnant pour le quasi débutant que j’étais que j’ai hésité à lui demander (voici fort fort longtemps) de postfacer un ouvrage que j’avais en cours. J’ai eu le bonheur de le voir accéder à ma requête.
Mais revenons-en au Guide typographique exemplaire. C’est dans les pages de cet indispensable ouvrage que l’on trouve la première étude sérieuse sur les Congres. On y apprend qu’ils évoluent dans une société monarchique et que le roi des Congres vit avec sa cour (la cour des Congres) dans un palais fastueux, le palais des Congres.
En marge de ce palais a été construit un centre qui abrite toutes les manifestations artistiques et culturelles du royaume.
Un centre fort apprécié par les touristes de tous les pays avoisinants, attirés par l’énergie des forces vives du royaume. De plus, tout a été fait pour favoriser le confort de ces visiteurs choyés, ainsi qu’on peut le voir sur ce document tiré d’une brochure de l’Office de tourisme congréen.
Parmi les forces vives évoquées, les plus vives et les plus littéraires, se sont regroupées pour pratiquer en commun le rite congru de la poésie. Périodiquement, ils abreuvent le peuple vulgaire des belles productions ébulliformes de leur art consommé sans aucune modération. Leur but — avouvable entre tous — est de hausser le vulgaire dont ils ont pitié (sans jamais accepter de l’avouer car un but secret et inavoué est beaucoup plus facile à atteindre) au rang de lecteur voyant, voire, dans les meilleurs cas, de proto-poète. La revue où les poètes congrus distillent leur élixir de vie s’intitule tout simplement Congre, du nom du beau pays qui les a vu naître. Elle se dote pour l’instant de deux forts et copieux volumes. Le troisième est sous presse. Car pour un Congre congru le sacerdoce ne peut se terminer tant que l’ensemble des vulgaires n’a pas été haussé…
J’ai la grande joie maintenant de vous partager les tentatives de reconstitution des jacquettocouvertures des deux numéros parus.
… Ainsi que le portrait pris sur le vif, par l’un de nos reporters-photographes, du ministre congru et plénipotentiaire chargé des relations avec les républiques limitrophes, ici en visite auprès des représentants de la commune libre du Fourneau bannat. P.-S. : On peut tenter de s'approcher des Congres en se rendant à cette adresse : Congre. (Mais surtout ne le répétez à personne, je vous dis ça sous le sceau du secret.)
Congruence - par cls le 25/05/2026 @ 19:52
![]() Parfois, pas toujours, car il arrive que des parfois soient plus fréquents que certains autres parfois qui sont beaucoup plus rares ; parfois donc il arrive qu’en tentant l’approche d’un sujet, on s’en éloigne. Si, si, ça arrive ! On croit le cerner mais on s’en éloigne alors qu’on veut l’étudier de près. D’aucuns, chafouins et critiques (je les sens venir avec leurs gros godillots), vont me rétorquer que pour cerner quoi que ce soit — un sujet ou tout autre artéfact — il faut être plusieurs, des plusieurs bien armés de toutes leurs cultures intellectuelles, biologiques ou polluantes afin que, se voyant cerné de toutes parts, le sujet (ou l’artéfact) se rende bon gré mal gré parce qu’il sait qu’il n’a plus aucune échappatoire. Vaincu, il lui arrive même de se déshabiller tout seul sans qu’on lui demande afin qu’on l’étudie in naturalibus. Ce n’est pas faux, le coup du plusieurs, mais si le sujet est minuscule, on peut le circonvenir tout seul avec ses deux bras en rond. C’est ce que je m’apprête à faire car mon sujet n’est pas bien gros… quoique… enfin on verra. Le congre. Est-ce congru de parler du congre ? A-t-on le droit de faire état de la congruence du congre ? Non, bien sûr ! La congruence ne s’applique pas au singulier mais au pluriel. Oublions donc l’individualisme forcené et venons-en aux congres. Déjà, on se sent plus à l’aise. On n’est plus tout seul. On n’est plus isolé. E pluribus unum comme disent les insulaires de l’autre côté de l’Atlantique. On va dans la bonne direction. Laquelle ? Peu importe. C’est forcément la bonne puisque c’est celle qu’on suit. Le premier savant ayant sérieusement étudié les congres n’était pas naturaliste, non madame. Pas plus qu’il n’était anthropologue, non mademoiselle. Et encore moins halieuticien, non monsieur. Il était typographe et graphiste ce qui, avouons-le, a nettement plus de classe, scientifiquement parlant. L’ouvrage majeur de ce grand et modeste érudit s’intitule Le Guide typographique exemplaire.
La modestie de ce grand savant se manifeste de manière évidente puisqu’il ne nous révèle pas son nom. Il va falloir chercher dans un autre ouvrage pour tenter de le découvrir.
Et, nouvelle preuve de sa modestie, s’il en est encore besoin de l’affirmer, ce nom ne se trouve pas encore sur la couverture du second ouvrage cité par le premier. C’est seulement sur la page de titre qu’il est nous est enfin révélé : Raymond Gid.
Raymond Gid était un personnage si tant impressionnant pour le quasi débutant que j’étais que j’ai hésité à lui demander (voici fort fort longtemps) de postfacer un ouvrage que j’avais en cours. J’ai eu le bonheur de le voir accéder à ma requête.
Mais revenons-en au Guide typographique exemplaire. C’est dans les pages de cet indispensable ouvrage que l’on trouve la première étude sérieuse sur les Congres. On y apprend qu’ils évoluent dans une société monarchique et que le roi des Congres vit avec sa cour (la cour des Congres) dans un palais fastueux, le palais des Congres.
En marge de ce palais a été construit un centre qui abrite toutes les manifestations artistiques et culturelles du royaume.
Un centre fort apprécié par les touristes de tous les pays avoisinants, attirés par l’énergie des forces vives du royaume. De plus, tout a été fait pour favoriser le confort de ces visiteurs choyés, ainsi qu’on peut le voir sur ce document tiré d’une brochure de l’Office de tourisme congréen.
Parmi les forces vives évoquées, les plus vives et les plus littéraires, se sont regroupées pour pratiquer en commun le rite congru de la poésie. Périodiquement, ils abreuvent le peuple vulgaire des belles productions ébulliformes de leur art consommé sans aucune modération. Leur but — avouvable entre tous — est de hausser le vulgaire dont ils ont pitié (sans jamais accepter de l’avouer car un but secret et inavoué est beaucoup plus facile à atteindre) au rang de lecteur voyant, voire, dans les meilleurs cas, de proto-poète. La revue où les poètes congrus distillent leur élixir de vie s’intitule tout simplement Congre, du nom du beau pays qui les a vu naître. Elle se dote pour l’instant de deux forts et copieux volumes. Le troisième est sous presse. Car pour un Congre congru le sacerdoce ne peut se terminer tant que l’ensemble des vulgaires n’a pas été haussé…
J’ai la grande joie maintenant de vous partager les tentatives de reconstitution des jacquettocouvertures des deux numéros parus.
… Ainsi que le portrait pris sur le vif, par l’un de nos reporters-photographes, du ministre congru et plénipotentiaire chargé des relations avec les républiques limitrophes, ici en visite auprès des représentants de la commune libre du Fourneau bannat. P.-S. : On peut tenter de s'approcher des Congres en se rendant à cette adresse : Congre. (Mais surtout ne le répétez à personne, je vous dis ça sous le sceau du secret.)
(25/05/2026 @ 19:52)
Dernière mise à jour : 26/06/2026 @ 16:47 |


